La Baie des cendres, donc, est à la fois un portfolio et un texte. Le livre se fait le support d’une soirée diapo nostalgique qui aurait lieu un dimanche d’automne un peu glauque (et où on aurait trop bu la veille). En écho aux paysages déserts et aux ciels d’un jaune maladif de Morgan Reitz, l’héroïne du récit de Stéphane Bouquet tâche de mettre une cohérence aux bouts de la ville qu’elle a sous les yeux, comme si elle venait de se réveiller, et difficilement. Elle évoque les souvenirs d’un ancien amour, une lettre, des retards. A l’origine du texte, «il y a ce trouple un peu pervers : elle le silence et la solitude», écrit Bouquet. Et son horizon, la recherche de «la consolation éblouissante de l’étreinte» .

Ambition. Mettre au défi un auteur d’écrire à partir d’images, l’ambition de cette nouvelle collection de la maison d’édition lavalloise (créée par Armelle Pain et Willy Durand début 2016) a ici au moins une vertu : celle d’appliquer à l’écriture les contraintes photographiques du cadre et de la pose. En clair, le texte poétique de Stéphane Bouquet s’attache à rester dans l’immobilité et dans un point de vue unique : tout ce qui est au-delà de la photo, son héroïne fatiguée ne peut que tenter de l’imaginer. Cette femme, désignée seulement par un «elle», avant de devenir un «je» dans la dernière partie, scrute le monde qui s’affiche devant elle, à la fois pour chercher à en saisir la clé («un nouveau secret gît dans le paysage») et pour essayer d’en sortir («Comme si la photo allait ouvrir, suite à une bourrasque improviste, sur un nouveau monde tout à fait ailleurs») .

Echo. Car «il existe un endroit sans doute caché où l’image n’est pas finie», écrit Stéphane Bouquet, comme un nouvel écho du vers du poète William Carlos Williams qu’il avait mis en exergue de son deuxième recueil publié, Un monde existe (Champ Vallon, 2002) : «Outside / Outside myself / There is a world»  («En-dehors / En-dehors de moi / Il y a un monde»). Mais la tentative de sortir du cadre du paysage est vouée à l’échec, pose-t-il tragiquement dans la neuvième et dernière partie du texte. «Comme si tout cela était sans importance parce que la porte est fermée et que la poignée pour l’ouvrir est introuvable dans tout ce bordel.»

Stéphane Bouquet lira son texte au Lieu unique de Nantes le 25 novembre, dans le cadre de la 17e édition de Midi-Minuit Poésie. Le festival, organisé par la Maison de la poésie de Nantes, invite par ailleurs trois patrons de la scène américaine d’aujourd’hui : les poètes spoken word Saul Williams et Mike Ladd, proches du courant hip-hop, et la performeuse Tracie Morris. A noter aussi une rencontre consacrée à la poésie contemporaine en Colombie (avec Camila Charry, Ronaldo Cano et Myriam Montoya), un entretien avec Jean-Marie Gleize à propos de la revue Nioques , des lectures d’Eva Niollet, Perrine Le Querrec ou Nicolas Vargas, qui vient de recevoir le prix de la révélation poésie de la Société des gens de lettres.

Festival Midi-Minuit Poésie, du 22 au 26 novembre à Nantes. Stéphane Bouquet sera au Lieu unique le 25 novembre à 21 h 45.