Nouveauté, à lire absolument (si possible)

Catégorie: Livres Date: jeudi, février 23, 2017 Hit: 374

Le livre Un été sur la Bièvre d'Adrien Gombeaud, édité par WARM dans la collection Natures contrarier, est disponible en librairie (Diffusion-distribution Serendip-Livres. ISBN 978-2-9556739-2-8).

Adrien Gombeaud présentera ce livre au salon Livre Paris le samedi 25 mars à 12h, stand 1E39, avec le soutien de la Région Pays de la Loire.

Il participera également à un échange sur le thème (d)écrire la ville à l'occasion du Festival du premier roman et des littératures contemporaines organisé par Lecture en tête, le dimanche 30 avril à 16h à Laval.

La librairie Les Traversées, 2 rue Edouard-Quénu Paris 5e (ex Arbre à livres Mouffetard), proposera une promenade sur le cours de la Bièvre en compagnie d'Adrien Gombeaud au mois de juin (plus d'infos à venir).

Toutes les infos sur ce livre : Fiche Un été sur la Bièvre.

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Le mot du libraire

Antoine Fron, Les Traversées, 2 rue Édouard Quénu, Paris 5e (place Saint-Médard)

Voyage le long de la Bièvre depuis Antony jusqu'à Austerlitz en passant par ici… C'est passionnant, léger et érudit à la fois. On aime beaucoup !

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Revue de presse

"Sous les pavés, la Bièvre" par Jean-Claude Raspiengeas, La Croix, le 18/02/2017

Comme, à Bordeaux, le Peugue et la Devèze, la Bièvre, à Paris, est une rivière invisible et oubliée depuis qu’on l’a recouverte pour ne plus la voir. Intrigué par l’enfouissement, scellé en 1912, de ce cours d’eau, redouté pour ses crues, le journaliste-écrivain Adrien Gombeaud décide, l’été 2016, de le suivre, guidé par les écrivains qui le chantèrent et le célébrèrent.

La Bièvre (…) traverse Arcueil et Gentilly, entre dans Paris par la Poterne des Peupliers et termine sa course sous la gare d’Austerlitz. Elle irriguait naguère l’activité économique des faubourgs et de la capitale. Sur ses berges malodorantes, « hauts lieux de la chiffonnerie », se succédaient mégissiers, corroyeurs, laveurs de bourre et de laine, féculiers, équarrisseurs, lavandières, qui la transformaient en cloaque. Dans la Ville lumière, les Parisiens y déversaient leurs déjections de toutes sortes.

« La Bièvre était une rivière de labeur, elle faisait tourner les moulins, recueillait les déchets des abattoirs, des tanneurs, des teinturiers, des blanchisseurs… », note Adrien Gombeaud. Dans sa besace, ce promeneur puise de vigoureuses citations des « bardes de la Bièvre », Rabelais, Victor Hugo, J.-K. Huysmans, retrouve les photographes Eugène Atget et Robert Doisneau, le musicien Erik Satie, l’artiste Louise Bourgeois. Du côté des Gobelins, ce biffin de la mémoire évoque le meurtre d’une bergère qui épouvanta l’opinion publique, plus loin ranime les heures sombres de la Salpêtrière. Chemin faisant sur les traces de ce fantôme de ruisseau, il brosse le tableau mélancolique et contrasté d’un Paris perdu. Avocat de cette « rivière des souvenirs », il prévient : « Un jour, c’est certain, sous une forme ou une autre, la Bièvre débordera à nouveau dans les rues de Paris. »

"Paris au fil de l'eau" par Marc Riglet, Dossier Paris est un roman, Lire, #453, mars 2017

Qui sait, qu’à Paris, la Seine compte un affluent ? La Bièvre, puisque tel est son nom, entre dans Paris à la Poterne des Peupliers, en contrebas de la Porte d’Italie. Puis, traversant les 13e et 5e arrondissements, elle se jette dans le fleuve à la hauteur de la Gare d’Austerlitz. Longtemps, on a pu la voir serpenter au flan de la Butte-aux-Cailles, fournir l’hiver, à la Glacière, ses pains de glace, offrir son eau aux tanneurs des Gobelins et irriguer les champs maraîchers de la rue Mouffetard. Et puis, épuisée de servir ainsi aux industries de la ville, devenue cloaque, elle fut recouverte en 1912 et disparut à nos yeux. Avant de connaître ce funeste destin, la Bièvre avait toutefois enchanté artistes et écrivains. C’est en retrouvant sa présence chez Rabelais, Restif de la Bretonne, Rousseau, Alfred de Musset, Balzac, les Goncourt, et quelques autres encore, qu’Adrien Gombeaud nous invite à cheminer sur son cours. Que vous soyez natif de la Butte-aux-Cailles, ou simplement amoureux de balades buissonnières, vous goûterez l'évocation sensible de cette modeste rivière « célébrée par ses écrivains et ravagée par ses riverains ».

"Au-dessous coule la rivière" par Thierry Gandillot, Les Échos Week-End, le 10/03/2017

La rue de Bièvre eut son heure de gloire quand s'y réunissait le premier cercle de la Mitterrandie. Mais combien de passants savent qu'elle doit son nom à une rivière qui se jette non loin de là, dans la Seine à la hauteur du jardin des Plantes? Le sort de la Bièvre fut scellé en 1912, quand on décida de l'enfouir afin de dompter ses crues qui inondaient les immeubles et empuantissaient ses rives. L'ami Adrien Gombeaud, dont les lecteurs des Échos Week-End connaissent bien la plume critique, a eu la bonne idée de suivre le cours de cette rivière enfouie et pourtant bien présente. Parti d'Antony un jour de l'été 2016, il a traversé Arcueil et Gentilly, est entré dans Paris par la poterne des Peupliers, a passé la Butte-aux-Cailles et les Gobelins jusqu'au bord de la Seine, où il a cherché la trace ne serait-ce que d'un filet d'eau. Chemin faisant, il fait revivre mille métiers disparus, s'interroge sur les toponymes, réveille des légendes, rapporte de savoureuses anecdotes. Ainsi, une rouerie rabelaisienne tenue longtemps pour vraie accrédita l'idée que la manufacture des Gobelins entretenait dans ses caves une armée d'ivrognes qui, compissant à rythme soutenu dans la Bièvre, conféraient à ses eaux des propriétés magiques. Au début du xixe siècle encore, un condamné à mort, «capable de boire par jour 20 litres de vin sans perdre la raison», proposait ses services de pisseur en échange d'une annulation de peine. En remontant les siècles, on croise des artistes et des poètes, des aristos et des prolos, des héros et des vilains. Au terme de cette promenade en compagnie d'un guide au pas assuré et à l'oeil aguerri, l'invisible est rendu visible; un vrai tour de magie.

"Cette rivière secrète qui coule sous les pavés de Paris", par Baudouin Eschapasse, Le Point, le 19 mars 2017

De la Bièvre ne subsistent aujourd'hui qu'un nom de rue et le souvenir lointain d'un ru fangeux. Un livre lui rend l'hommage qu'elle mérite.

Dans le 13e arrondissement de Paris, des plaques de bronze indiquent, par endroits, son ancien cours. Mais peu de passants y prêtent attention. Recouverte d'une chappe de béton en 1912, la Bièvre a sombré dans l'oubli. Le cours d'eau qui prend sa source à Guyancourt, dans les Yvelines, n'est pas totalement mort, bien qu'il ait été enterré. Ne subsiste plus de lui qu'un nom de rue, où vécut François Mitterrand, proche de la Seine où ce ruisseau invisible continue de se jeter. Reste aussi le souvenir lointain d'un ru industrieux. Adrien Gombeaud redonne aujourd'hui vie à la Bièvre en lui consacrant un livre somptueux, en forme de balade*.

"Au début du XXe siècle, c'était encore un filet d'eau qui serpentait au sud de la capitale. Tombée des campagnes et des étangs de Saint-Quentin, la Bièvre (...) était une rivière de labeur, elle faisait tourner les moulins, recueillait les déchets des abattoirs, des tanneurs, des teinturiers, des blanchisseurs. Son débit était modeste, pourtant il lui arrivait de se révolter. Ses crues terribles inondaient (...) les caves d'eaux toxiques et puantes. (Aujourd'hui) fondue dans les sous-sols, elle (est) le membre fantôme d'une ville amputée", écrit-il en préambule d'un livre qu'il faudrait lire en marchant sur les traces de son auteur.

Une rivière inspirante

Amoureux de cette rivière, "entrée dans la mythologie de la capitale" au moment où on l'enfouissait, Adrien Gombeaud a passé tout un été à arpenter son ancien tracé. Grand marcheur, cet écrivain-voyageur, à qui l'on doit de formidables livres sur la Chine** qu'il a sillonnée de long en large pendant plusieurs années, signe là une évocation poétique d'un monument disparu. Comme un émouvant mausolée dédié à un être regretté. Sur le modèle de Jean-Paul Kauffmann qui avait déambulé le long de la Marne en 2013 et en avait tiré un délicieux récit (publié par Fayard), Adrien Gombeaud a d'abord plongé dans les livres qui évoquent ce cours d'eau. Car la Bièvre qui traversait les villes d'Antony, Cachan, Arcueil et Gentilly avant d'entrer dans Paris n'a cessé, malgré son aspect repoussant d'égout à ciel ouvert, d'inspirer les écrivains.

De Rabelais à Musset, de Ronsard à Victor Hugo, en passant par Huysmans..., on ne compte plus les auteurs qui ont célébré cette rivière, hier indomptable et désormais emmurée (elle est canalisée de sa source jusqu'à son embouchure, au pied de la gare d'Austerlitz). À dire vrai, cette rivière n'a pas seulement marqué la littérature. Elle a aussi laissé une empreinte forte en peinture. On la retrouve dans plusieurs tableaux de Turner, Matisse, Marquet et Utrillo. Elle a aussi été photographiée par Eugène Atget, Nadar ou encore Robert Doisneau. Adrien Gombeaud nous apprend à quel point elle marqua le musicien Erik Satie qui vécut, à proximité de son cours, les 28 dernières années de sa vie.
Les fantômes du passé

Ce livre n'est pas pour autant un livre d'histoire. Car Adrien Gombeaud ne se contente pas d'évoquer seulement le passé. Amateur de patrimoine certes, il prend aussi plaisir à décrire ce que sont devenus ces anciens "hauts lieux de la chiffonnerie". Ces quartiers où travaillaient jadis lavandières, teinturiers et tanneurs (mégissiers, corroyeurs et baudroyeurs) se sont profondément transformés. Ils sont désormais fréquentés par une population mélangée où se croisent jeunes désœuvrés, bobos désargentés mais aussi jeunes cadres pressés. En fin observateur, Adrien Gombeaud décrit, avec humour, sur le ton d'un anthropologue en terre étrangère, les peuplades qu'il rencontre au fil de son voyage.

Bordé de lavoirs, le cours de la Bièvre a vite été pollué au début du XXème sièce par les tanneries et autres peausseries qui s'étaient installées d'Antony à Gentilly. 

Rappelant que ces nouveaux "spots branchés" sont posés sur un ancien cloaque, l'auteur fait découvrir la raison pour laquelle certains d'entre eux conservent une atmosphère spéciale, à l'instar de la Butte aux Cailles ou des abords de la rue Mouffetard. C'est qu'ils sont habités par "l'esprit des lieux". Et, peut-être, hantés par des fantômes. Ceux des ouvriers qui découpaient la rivière gelée dans le quartier de la glacière... Celui de Bibi la Purée, clochard, ami de Verlaine qui vagabondait entre Arcueil et Paris. Celui de cet ermite anonyme qui vivait quasi nu sur un petit îlot, aujourd'hui recouvert par le boulevard Arago. Ou encore celui d'Aimée Millot, jeune bergère d'Ivry qui fut assassinée au bord de l'eau, à l'emplacement de l'actuelle rue Croulebarde, un jour de mai 1826.

Résurrection ?

Au fil de ses promenades, Adrien Gombeaud nous en apprend long sur l'histoire de la capitale, l'air de rien... Évocation mélancolique d'un Paris enfui, autant que de la Bièvre enfouie, son livre n'a rien de nostalgique pour autant. Il se clôt même sur une note optimiste : la conviction profonde qu'"un jour, (...) sous une forme ou une autre, la Bièvre débordera à nouveau dans les rues de Paris".

N'évoque-t-on pas depuis plusieurs décennies qu'il faut la "libérer" de sa coque de béton ? Le cours d'eau ne revit-il pas déjà du côté d'Antony où des clubs de pêche ont été créés dans des bassins alimentés de son eau ? "On (y) a même réintroduit les écrevisses qui régalaient autrefois la Maintenon. Il n'est peut-être pas trop tard pour réparer ce que l'on a brisé et retrouver des éclats de paysages qui n'existent plus que dans les livres", veut croire Adrien Gombeaud.

La rivière est aujourd'hui souterraine jusqu'à la Seine où elle se jette, près de la gare d'Austerlitz. © Flickr

* "Un été sur la Bièvre", d'Adrien Gombeaud, éditions Warm, 142 pages, 16 €.

** Hong Kong et Macao mis en scènes (Espaces et Signes, 2016) ou Dans les pas du Petit Timonier, la Chine vingt ans après Deng Xiaoping (Seuil, 2013).

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